"Marie Desplechin construit une oeuvre pointilliste faite du refus de l'intolérable et du besoin de témoigner du temps enfui. L'Album vert qui vient de paraître chez Nicolas Chaudun part d'un petit classeur toilé contenant des négatifs (...) que lui a confiés sa grand-mère. Une manière de remonter le fil, de laisser à nouveau la parole aux absents. C'est touchant, sans effet, discret à en sourire, les yeux un peu mouillés."
Originaire du Nord, Marie Desplechin ressuscite avec sa tendre gouaille le monde de Maxence Van der Meersch et ses échos parfois drôles, rugueux, le plus souvent poignants. En feuilletant un vieil album de photos que lui a donné sa grand-mère, elle fait sortir de leur cadre des personnages figés : parmi tant de silhouettes effacées par le temps, elle converse avec sa grand-mère, « reine d'Espagne », la tante Colette jouant de la mandoline, un jardinier aux faux airs de Fernand Raynaud....
Ce livre est la résurrection d'un monde aboli, oublié avec ses souffrances et sa cocasserie, sans tomber dans le récit d'une petite saga familiale, modulé sur le ton de fausses confidences. Ce n'est pas un roman-photo mais le roman des photos.
Extrait
J'ai gardé l'Album vert avec moi, j'ai veillé à ce qu'il reste dans mes affaires. Il était comme une responsabilité que j'avais prise, vis-à-vis de ma grand-mère, de ma famille, de ma propre histoire. Il m'a suivie dans mes déménagements, il était toujours là mais je ne l'ouvrais jamais. J'avais trop à faire. Trop d'histoires, trop d'images, pas de place pour l'Album vert. Il attendait son heure. C'est ce que je me dis maintenant, c'est peut-être aussi ce que j'ai toujours pensé...