Qui n'a pas entendu parler des opérations de « Louvre-Atlanta » et « Louvre-Abou Dhabi »? L'auteur revient avec un petit livre, taillé sur mesure, pour comprendre les principaux ressorts de ce qu'on doit malheureusement nommer les « multinationales de la culture ». Le livre présente au moins deux mérites : la rigueur de ses enquêtes et la fiabilité de ses sources, l'honnêteté et le courage de son auteur.
Le Louvre orphelin de La Joconde, Beaubourg déserté par ses Matisse, et demain, pourquoi pas, Orsay privé de Déjeuner sur l'herbe... Doit-on exporter nos collections nationales comme des produits laitiers ?
La question émeut, notamment depuis l'annonce de l'ouverture d'un « Louvre 2 » à Abou Dhabi. Didier Rykner nous hurle que non. Par cet essai, le fondateur de la très indocile Tribune de l'Art ne se borne cependant pas à ressasser ses griefs, ni à pourfendre une administration soumise à l'omerta. Il met en lumière les mutations de fond que couve la polémique : le déclin des conservateurs en faveur d'énarques plus soucieux de profit immédiat que de conservation du patrimoine ; l'essoufflement de cette vieille mission de service publique qui visait à édifier le peuple par la contemplation de chefs-d'oeuvre érigés en véritables lieux de mémoire... L'événement primerait alors sur la pérennité, l'effet d'annonce sur la connaissance. L'auteur ne veut s'y résoudre, et déploie à l'encontre de ses détracteurs, souvent dédaigneux, parfois légitimes, une argumentation d'une précision implacable.