Traverser la moitié de l'Afrique à pied. Un projet un peu fou qui laisse songeur et fait, de prime abord, penser au parcours du combattant qu'accomplissent dans le sens Sud-Nord les candidats à l'immigration clandestine. Il y a soixante ans de cela, c'est dans la direction inverse que Philippe Joudiou eut l'idée « insensée » d'effectuer la traversée du Sahara et du Sahel. (...) C'est le fruit, toutes en images, de cette marche initiatique vieille de plus d'un demi-siècle que publient les Éditions Nicolas Chaudun.
En 1950, un jeune homme embarque pour Alger, seul, sac au dos, sans autre idée en tête que de s'initier à la grandeur du monde. Son but ? rallier Douala, en traversant avec les moyens du bord le désert, les confins du Maghreb et de l'Afrique noire, l'artère impériale du Niger... Les rencontres sont rares mais souvent cocasses, ainsi Frisson-Roche, comme égaré à Alger où il est censé étudier la viabilité d'un aménagement en pistes skiables des dunes du Sahara.
L'Afrique que traverse Philippe Joudiou, immémoriale, indifférente, n'exhibe que peu de traces de la présence française. Comme si la colonisation, alors ancienne déjà, n'avait déposé qu'un voile superficiel sur ces étendues que tiennent entre leurs mains des hommes bleus, des passeurs peul ou de rudes montagnardes qui vont nues au marché.
Cette relation de voyage, sobrement descritpive, parfois candide et, pour ces raisons, parfaitement crédible, s'enrichit de clichés sidérants et de croquis aquarellés que l'auteur a brossé au petit matin, avant de reprendre son chemin.