L'Académie de billard,
en noir, en blanc et en bleu
Une queue, des boules : s'en tenir là serait trop simple. Le billard, sport de bad boys, est d'abord une affaire d'attitude. Mieux, de dandisme, dont on sait depuis Barbey d'Aurevilly que c'est aussi une religion. C'est d'ailleurs comme ça que le décrit Jean-Claude Carrière dans l'ouvrage qu'il signe avec le photographe Benoît Rajau. Un livre en noir, en blanc, et en « bleu » - la craie feutrée dont on frotte parfois les queues -, qui prend sa source dans un lieu mythique : l'académie de billard de la place Clichy. (...) Quant aux photos, splendides, elles semblent tirées d'un vieux Melville avec ses samourais du 3e âge cravatés ton sur ton, ou d'un Godard sixties avec beautés frangées.
À proximité de la place de Clichy, l'académie de billard déploie ses fastes désuets de bal popu fin de siècle. On n'y danse pas cependant, ou alors des pavanes millimétrées que l'on exécute ici depuis des lustres autour de tables vénérables. C'est le regard qui fixe le pas, la complicité des bandes, l'effet de la queue... Ces azimuts pris le nez sur la feutrine, Benoît Rajau en a saisi la solennité mystérieuse. À partir de ces photos en clair-obscur, Jean-Claude Carrière a tissé une nouvelle qui livre les clefs de ces cérémonies silencieuses.